Gang des Introvertis

Votre enfant est introverti.e ? Voici 17 phrases à ne plus jamais lui dire pour le bien de sa santé mentale

Il y a 2 mois

Quelles sont les phrases que vous devez absolument bannir devant votre enfant introverti.e pour son bien ? Je m’appuie sur mon vécu et sur ce que j’ai vu pour vous aider à ne pas reproduire des erreurs bêtes.

On oublie bien souvent qu’un.e enfant est avant tout un être sensible qui entend et retient tout. Ça s’appelle être humain.e. Dans un premier article, j’ai tenté de vous donner quelques pistes pour que votre enfant introverti.e puisse vivre une enfance heureuse, pleine d’amour, de bienveillance, de découvertes et de surprises.

Aujourd’hui, je vais évoquer un sujet qui fâche un peu tout.e parent.e qui aime son enfant. Je vais vous parler en effet de ces phrases assassines, parfois prononcées sans réfléchir quand on est sur les nerfs ou parce qu’on est face à un mur d’incompréhension.

Le but n’est pas de vous culpabiliser, mais plutôt de vous sensibiliser à cette problématique, vous aider à améliorer vos rapports avec votre enfant et surtout de vous convaincre de ne plus reproduire les mêmes erreurs.

Cet article est destiné aux parents, mais aussi aux enseignant.e.s.

Pour cet article, je m’inspire de mon propre vécu, mais aussi de nombreux témoignages d’introverti.e.s de mon entourage. Nous avons tou.te.s déjà entendu ces remarques et ces injonctions au moins une fois, et la plupart du temps, c’est douloureux.

Nous sous-estimons malheureusement la toxicité de ces mots, que l’on retient si vite et si longtemps dans notre tête… Les voici.

1. “Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?”

On commence par l’une des plus violentes de toutes. Entendre ça petit.e, c’est intégrer que l’on est en marge du reste du monde, et quand on est encore enfant, c’est une expérience très douloureuse que de se sentir différent.e : on a le sentiment qu’il faut redoubler d’efforts pour être accepté.e, même de nos proches. Dans notre monde, la différence n’est pas vue d’un très bon oeil, et ça, les plus jeunes l’intègrent très vite dans leurs têtes : la norme serait donc la seule manière d’être intégré.e et dans le cas inverse, quelque chose n’irait pas. Cette phrase est également une manière de faire porter la culpabilité d’une situation à son enfant. Au lieu de lui lancer cette horrible phrase en pleine figure, interrogez-vous plutôt sur le sens de son comportement. Essayez de saisir les raisons qui peuvent le/la pousser à agir d’une manière plutôt que d’une autre et de manière façon, vous pouvez analyser la situation et trouver des solutions qui pourront convenir à tout le monde.

2. “Ce n’est pas normal, c’est inquiétant.”

Je le disais juste au-dessus : ne “pas être normal” fait partie de nos plus grosses hantises lorsque l’on est enfant. Très jeune, on cherche à s’intégrer le mieux possible afin d’être accepté.e par les autres, quitte à reproduire certaines attitudes ou suivre des mouvements, pas toujours pour les meilleures raisons avec du recul, mais c’est en quelque sorte une technique de survie. Dire à un enfant qu’il ou elle n’est pas normal.e peut créer des insécurités et des peurs injustifiées. On les intègre depuis toujours et celles-ci ressurgissent des années plus tard, sans que l’on sache d’où cela peut bien venir. Vous ne voulez certainement que votre enfant porte ces fardeaux toute sa vie en soi. Par ailleurs, personne n’est anormal, chacun avance à son rythme, il existe autant de personnalités différentes que de personnes sur cette terre.

3. “Quand vas-tu enfin faire un effort ?”

Il y a certaines choses à respecter au sein de notre société, comme les règles de bienséance et toutes ces petites choses sans grande importance, finalement. Mais vous ne pouvez pas forcer votre enfant à agir tout le temps contre sa volonté, surtout s’il s’agit d’essayer de changer sa nature propre. Votre enfant est introverti.e, il apprécie les moments de solitude, il rêve beaucoup et s’amuse le plus souvent autrement qu’en jouant avec d’autres enfants. Vous devez l’accepter, c’est ainsi. Lui demander de “faire un effort” revient à lui mettre une pression écrasante qui va nuire à son épanouissement. Laissez votre enfant vivre un enfance sans le/la perturber, la vie d’adulte est assez compliquée comme ça. Laissez cette personne en train de se construire profiter des seuls moments d’insouciance de sa vie.

4. “T’es vraiment nul.le !”

J’ai un souvenir très présent de cette phrase-là dans ma tête, qu’elle me soit destinée ou qu’elle soit destinée à d’autres enfants autour de moi. Elle est d’une violence inouïe, et j’ai du mal à comprendre comment des adultes peuvent hurler cette phrase à un enfant qui sait encore si peu de la vie et qui voudrait pouvoir exister pour ce qu’il ou elle est. Cette phrase, je l’ai entendue de la bouche de parents et d’enseignant.e.s (pour le dernier cas, je suis directement visée). C’est une phrase très douloureuse à entendre, elle remet en question tout ce que nous sommes. Ça vous ferait mal de l’entendre si celle-ci vous était destinée, alors imaginez quels dommages elle peut créer chez un.e enfant…

5. “Oui oui, c’est ça, retourne jouer…”

N’ignorez jamais votre enfant qui vient vous voir pour vous montrer quelque chose qui l’interpelle, l’intéresse, pour vous poser une question, pour partager une information avec vous, ou pour vous montrer l’une de ses créations. Non, ce n’est peut-être pas pour vous le moment opportun. Peut-être que vous êtes un peu fatigué.e par cette journée de travail, peut-être que vous avez juste besoin d’un moment pour souffler. Qu’importe l’excuse, n’ignorez jamais l’enfant qui se trouve à côté de vous. Si ce n’est effectivement pas bon le moment, dites-lui de revenir plus tard, faites-lui la promesse que vous en discuterez ensemble tout à l’heure. Mais ne lui faites pas comprendre que tout ça ne vous concerne pas. Cela reviendrait à lui faire savoir que sa parole ne compte pas alors que si, elle compte. Ou du moins, elle devrait compter. Les enfants saisissent tout, même ce que vous ne dites pas directement.

6. “Cette activité n’a aucun intérêt, tu devrais t’intéresser à de vrais sujets”

Vous ne pouvez pas sous-estimer un domaine qui passionne votre enfant uniquement sous prétexte que celui-ci ne vous intéresse pas, ou qu’il n’a selon vous aucune utilité, aucune plus-value au sein de la société. Vous n’êtes personne pour remettre en question ses centres d’intérêts. Vous aimeriez, vous, que l’on vienne vous dire de cesser de vous désintéresser à un domaine qui vous attire ? Je connais la réponse. C’est valable pour votre enfant. Il s’agit de votre enfant, certes, mais il/elle reste un être humain à part entière, il/elle ne vous appartient pas.

Et vous aussi, en tant qu’humain parmi tant d’autres sur cette terre, vous n’êtes aucunement en mesure de juger si un centre d’intérêt vaut mieux ou moins que ceux qui vous animent vous. Si l’enfant à vos côtés préfère lire ou observer la nature au lieu d’essayer d’être la star de la récré, vous n’avez rien à dire. Il est important de laisser les autres vivre leur vie, c’est valable aussi pour votre enfant, même si vous aimeriez tout ce qui est le mieux pour votre progéniture. Le mieux est souvent l’ennemi du bien. Ce qui est le mieux pour lui selon vous n’est peut-être pas ce qui est le mieux pour lui. Retenez ça.

7. “Tu fais ça et tu ne discutes pas, je ne veux rien entendre de ta bouche”

Parent.e.s : quand vous contestez l’avis de votre enfant, faites une pause et écoutez ses arguments, même s’ils ne sont pas forcément recevables ou logiques sur le moment. Je sais, ça peut sembler infaisable dans la pratique, mais essayez seulement de ne pas le/la couper sans écouter ce qu’il/elle va dire. Il se peut que vous vous trompez, que vous n’êtes pas objectif.ve. Encore une fois, vous êtes seulement humain.e. Professeur.e.s, c’est valable pour vous aussi : votre statut d’autorité ne vous donne pas tous les droits non plus, sachez-le. Si vous contestez quelque chose, ne le faites pas gratuitement et encore une fois, laissez au moins 2 minutes à l’enfant pour se justifier. Il faudrait que tout le monde puisse s’exprimer de manière équitable.  

8. “De toute façon, t’as toujours peur de tout”

Faux ! Pour votre gouverne, l’enfant introverti.e est en réalité une personne très courageuse, et qui a beaucoup de mérite. Elle doit se plier au bon vouloir d’un monde fait pour les extraverti.e.s, par des extraverti.e.s et jouer le jeu des apparences, se camoufler toute sa vie pour espérer être vue et entendue. Vous vous rendez compte de ce que c’est comme exploit ? Au lieu de vous moquer et de dénigrer cette jeune personne qui grandit, encouragez-la à faire des activités avec le sourire et n’hésitez pas à la complimenter quand elle y arrive. Soyez un soutien, pas un frein à ses efforts.

9. “C’est la vie, tu n’as qu’à te défendre.”

Cette phrase-là est un encouragement direct au harcèlement scolaire que votre enfant subit potentiellement. Si l’enfant se sent blessé.e, vous ne devez pas remettre en question ses émotions et sa sensibilité, cette dernière varie en fonction des individus. Au contraire, essayez de comprendre ce qui se passe et intervenez, c’est votre devoir. Il/elle n’a aucun plaisir à venir vous dire que l’école peut parfois l’angoisser. Et par ailleurs, dans la vie, on s’entraide en cas de besoin, nul besoin de glorifier l’individualité et le pouvoir de l’égo. Merci l’exemple, quoi.

10. “Écoute, je n’ai pas le temps de discuter avec toi”

Les introverti.e.s, malgré les apparences, ont besoin de beaucoup échanger. D’ailleurs, contre toute attente, je suis une personne assez bavarde, quand on regarde bien. Il suffit de me lancer dans une discussion qui me passionne, ou de me mettre en face d’une personne qui captive mon attention. Une personne introvertie est une personne sociable autrement : elle se dévoile dans des cadres plus intimes, mais elle aime profondément apprendre à connaître les autres et accumuler des savoirs en discutant et en écoutant. C’est aussi le cas des enfants introverti.e.s. Même si vous êtes débordé.e.s, prenez le temps de discuter de temps en temps avec lui/elle ou si vraiment vous ne pouvez pas parler tout de suite, reportez la discussion à plus tard, mais ne l’OUBLIEZ pas (je l’ai dit juste avant, mais c’est pas grave). Ce sera un bon moyen de créer une connexion entre vous et d’essayer de comprendre votre enfant comme il se doit. La discussion est indispensable et jamais suffisante.

11. “Regarde S., tu devrais prendre exemple sur elle !”

Ne. Comparez. Jamais. Des. Enfants. À. D’autres. Enfants. C’est une donnée à garder dans un coin de votre tête toute votre vie. La dimension toxique de ce genre de comportement peut mener à de graves séquelles sur l’estime de soi et on s’en remet difficilement, à moins d’aller voir une personne qualifiée, et encore… quand on trouve la bonne et qu’on en a les moyens. Une mauvaise estime de soi peut gâcher toute une vie et dissuader les personnes concernées à agir dans leur intérêt et saisir certaines opportunités (coucou l’autosabotage !). Petite, lorsque j’allais chez ma grand-mère, celle-ci passait le plus clair de son temps à me comparer à S., la petite-fille de la voisine. S. était surdouée, S. était belle, S. était talentueuse, S. était sage, S. n’était pas bizarre, S. n’était pas timide. La vérité, c’est que S. n’était pas moi et que je n’étais pas S. Nous étions juste deux fillettes très différentes l’une de l’autre. D’ailleurs, j’aimais beaucoup S. Mais les paroles de ma grand-mère me poussaient à la voir comme une rivale, alors parfois, je l’appréciais un peu moins et pour des raisons stupides : les raisonnements stupides d’une adulte. 

12. “C’est ton problème. Débrouille-toi.”

Ne forcez pas un.e enfant à garder les choses pour lui/elle. Si son besoin actuel est de vider son sac, écoutez tout attentivement, c’est pour son bien. Nous avons tou.te.s besoin d’une épaule sur laquelle nous reposer. Ces phrases, je les ai beaucoup entendues petite, surtout dans le cadre de ma scolarité, et je vous avoue que je ne comprends pas pourquoi le corps enseignant privilégie autant l’individualisme, pour des raisons “d’autonomie”, le motif officiel. Je comprends qu’il faut apprendre aux enfants à être autonomes, mais comment vous voulez forcer un.e enfant à contenir toutes ses émotions et à agir face à l’adversité en faisait cavalier.e seul.e ? Ça n’a aucun sens, je refuse de vivre dans un monde où je ne devrais compter que sur moi quand ça ne va pas, alors je n’ose même pas imaginer à quel point un.e enfant peut se sentir démuni.e quand il/elle n’a personne sur qui compter. C’est terrifiant.

13. “Tu serais pas en train de mentir et d’en rajouter, là ?”

Règle d’or : ne minimisez jamais ce qu’un enfant peut vous dire. Ce n’est pas parce qu’il/elle pourrait ressentir des émotions très fortes à partir d’une anecdote sans importance qu’il faut dévaloriser ses sentiments et lui dire de se calmer et de passer à autre chose. Accuser votre enfant de mensonge est aussi le témoignage de votre manque de confiance envers lui/elle. Il est important de lui montrer que vous êtes une oreille attentive et qu’il/elle peut toujours compter sur vous quand ça ne va pas. D’ailleurs, minimiser les paroles des victimes lorsqu’elles décident de mettre des mots à ce qui a pu leur arriver est une technique assez courante dans notre société. À vous de prendre vite le pas sur cette injustice-là.

14. “Hey, regardez tou.te.s ce qu’il/elle a fait !”

Si vous écoutez attentivement toutes les histoires liées à des traumatismes d’enfance des adultes qui se trouvent autour de vous, vous découvrirez vite un point commun entre elles : il s’agit presque tout le temps de récits liés à la moquerie et à l’humiliation. Vous moquer ouvertement d’un.e enfant est la pire chose que vous puissiez faire. J’ai eu deux enseignantes qui agissaient de cette façon-là pour asseoir leur domination et « réveiller les enfants trop souvent dans la lune », dont une qui exerce toujours son métier à l’heure actuelle. Je suis étonnée que personne ne l’ait balancée parce qu’elle ne mérite pas d’être là où elle est. À priori, elle est intouchable… Je n’ose pas imaginer combien de personnes ont été heurtées et impactées par sa méchanceté gratuite. En tout cas, une chose est sûre, les psys doivent la remercier pour la clientèle.  

15. “Bof, ton dessin. Tu pourrais faire mieux.”

Oui, c’est le dessin d’un enfant. Mais ce dessin a été fait avec le coeur, inutile de rabaisser inutilement (et gratuitement) son travail. Au lieu de lui dire que son travail n’a pas de valeur, suggérez-lui plutôt quelques idées, ou proposez-lui des éléments qu’il pourrait ajouter à sa création, montrez-lui les choses sans émettre de jugements sur la valeur de son travail fait avec plaisir et qu’il/elle vous montre avec fierté. Vous évitez ainsi de l’humilier ou de le rabaisser, et en plus, c’est un moyen de créer un rapprochement.

16. “Excuse-le, il est siiiii timide.”

Votre enfant se trouve à côté de vous ? Ne parlez pas de lui/elle à la troisième personne, surtout si c’est pour l’excuser à chaque fois, comme si son trait de personnalité était une honte et une chose à ne surtout pas valoriser. D’abord parce qu’il y a une légère différence en termes de définitions. L’introversion est le trait de caractère des personnes qui aiment le calme et la solitude. La timidité est la peur parfois handicapante d’être jugé.e. Si votre enfant est timide, il y a sans doute une cause derrière tout ça qu’il convient de comprendre AUTREMENT qu’en le criant haut et fort toutes les cinq minutes et en plaisantant à ce sujet devant d’autres personnes, parfois inconnues. C’est en collant de telles étiquettes que l’enfant finit par croire dur comme fer à certaines choses qui ne sont peut-être même pas réelles. À titre personnel, j’ai toute ma vie été qualifiée de timide. Pourtant, j’ai compris en grandissant que je ne l’ai jamais vraiment été et que c’était une simple étiquette que j’avais de collée sur mon front… sans savoir réellement pourquoi c’était le cas, puisque je ne m’identifiais pas aux définitions que je pouvais lire de la timidité. L’ignorance des adultes ne doit pas être le déclencheur d’angoisses et de complexes chez l’enfant.

17. “Allez, tu vas embrasser cette personne TOUT DE SUITE.”

Je vous en prie, cessez d’imposer aux enfants des contacts physiques non souhaités avec d’autres personnes – adultes généralement. Si votre enfant ne souhaite pas faire un “bisou” à tonton José, laissez-le/la tranquille. L’injonction à la bise et aux câlins ne devrait à mon sens pas exister : c’est tout simplement une question d’apprentissage du consentement qui lui servira pour plus tard. Et puis, vu le contexte actuel, on peut tout à fait se contenter d’un signe de main, ça suffit largement.